Bernard Plossu Une si douce attente de l’air
Archives & Documents | 1994

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« Bernard Plossu : Une si douce attente de l’air » in Levant - Cahiers de l’espace méditerranéen [introduction à un portfolio de l’artiste], Montpellier, 1994-1995, 7


Pour le public amateur de photographies, pour les critiques et les historiens d’art, dans le champ de la création visuelle et dans la variété des registres de l’i­mage réinventée, Bernard Plossu est un photographe de routes. D’où son attrait pour une certaine tradition de la photographie américaine - à laquelle il serait toutefois vain de réduire son œuvre - et son exploration de l’errance : disso­lution des sens, éblouissement du monde que Bernard Plossu découvre dans l’expérience inédi­te du regard, dans la mobilité du désir : le mythe de la route des années soixante. Ces notes biographiques posées, les images du photographe mettent en œuvre un au­tre dispositif, essentiel : le secret. À travers la sélection des lieux, des personnages et le tremblé de l’image, c’est la représentation du secret qui, ainsi, se joue, la représentation ? Donc le temps, que tout contribue à instituer comme irréel : un temps où le réel s’absente, où il se densifie à travers sa disparition et s’éclipse dans sa pro­pre aura. Bernard Plossu inscrit sa recherche dans la part charnelle du mystère. Photo­graphe du flux sensuel qui contourne et traverse les lieux, il propose un temps qui se fige : immobile en quelque sorte, tel un legs, contradictoire, offert au regard par ses photographies de routes. Mais dans cette conjugaison d’absence et de mouvement, de quel secret s’agit-il ? Celui du visible. Chez Plossu, le secret avance à dé­couvert : il est là, à portée de main, d’image.
 
Le Sud. Il en était question lorsque Bernard Plossu parcourait le Mexique, les déserts américains ou africains. Maintenant, le photographe réside en Méditerranée, un espace devenu le périmètre privilégié de sa création. La Méditerranée garde-t-el­le l’essence de sa recherche ? Pour une culture de l’image et une poésie qui se développent et se déroulent entre le mythe des îles Éoliennes et Almeria. Pour une histoire de cli­mat - dont on mésestime l’importance dans l’acte de photographier. Pour une affaire de mouvement dont on parlait déjà dans ses photographies de routes : ce mouve­ment reflété entre l’immobilité et le secret. Plossu est assurément l’un des pho­tographes importants de l’esthétique méditerranéenne dont il aborde la part d’invisibilité, de sensualité mythique. De ce monde parfait, puisque appar­tenant au temps suspendu, il approche l’ombre et le manque. C’est alors que l’immobilité la plus crue, paradoxalement, est observable dans ses images. Der­rière le ciel empourpré qui se laisse imaginer, c’est parfois une infinie lassitude qui transparaît. L’immobilité la plus crue, la lassitude ? Ces images approchent ici l’attente. Derrière le si doux mouvement de l’ air méditerranéen.

                                                                                                                                        A. C.


 


© alexandre castant | 2011