Faire des albums curatoriaux Conversation avec Philippe Franck
Documentaires radiophoniques | 2019

Faire des albums curatoriaux - Conversation avec Philippe Franck, Atelier sonore d’esthétique, École nationale supérieure d’art de Bourges, Paris, 2019, 95.00.


Conduit avec les étudiants de l’Atelier sonore d’esthétique de l’École nationale supérieure d’art de Bourges, ce documentaire de création sonore se compose d’un entretien réalisé, à Bourges le 3 février 2016, avec Philippe Franck, musicologue, compositeur et directeur du festival City Sonic, autour de l’importance des musiques post-wave pour penser, aujourd’hui, les arts sonores… Portrait d’une génération.

Groupe de Réalisation : Mateo Calderon, Ambre Charpagne, Sarah Jacquin, Stéphane Joly, Hanna Kokolo, Clara Noseda.

Œuvres – extraites des Éditions 2004-2017 de City Sonic – des Musiciens, créateurs et poètes sonores: Jérôme Deuson, Sug(r)cane, Dariusz Makaruk, Alba G. Corral, Charles Pennequin et les Chiens de la Casse, Pierre Belouin, Stevie Wishart, aMute, Jean-Paul Dessy, EZ3kiel, Paradise Now, Isa Belle, Flexible, Fujui Wang, Matthieu Safatly, Paradise Now, Ramuntcho Matta, Yellow Shark, William S. Burroughs, Brion Gysin, Ira Cohen, Rodolphe Burger, Marco de Oliviera, Pierre Bastien, Quarck – Adrien Lambinet, Alain Deval, Raymond Delepierre, Quasi una fantasia.

Avec Philippe Franck.

Un documentaire de création sonore d’Alexandre Castant.

École nationale supérieure d’art de Bourges, en partenariat, concernant les extraits musicaux, avec Transcultures/City Sonic et le label Transonic, 2019.


                                                                                    *

Historien de l’art, musicologue, critique  et producteur, Philippe Franck, né à Liège en 1963, est le directeur artistique de Transcultures, Centre interdisciplinaire des cultures numériques et sonores créé en 1996 à Bruxelles. Si Transcultures explore, plus particulièrement, les champs de la création numérique et des arts sonores, c’est toutefois en 2003 que Philippe Franck fonde, pour le diriger depuis, le festival international des arts sonores City Sonic qui, à Mons puis à Charleroi, demeure une mine et une source précieuses en matière de recherche et de prospective en arts sonores.


Créateur intermédiatique, Philippe Franck développe également, depuis le début des années 1980, un trajet artistique multiforme et, ainsi, a réalisé de nombreuses musiques de chorégraphies (pour Nadine Ganase, Manon Oligny…), de performances, de vidéos (notamment pour Régis Cotentin et Hanzel & Gretzel), d’installations, de parcours géolocatifs… En 2014, il a co-réalisé avec Anne-Laure Chamboissier, le film Bernard Heidsieck, la poésie en action.

Compositeur et musicien sous le nom de Paradise Now depuis les années 1990, en collaboration avec la performeuse Isa Belle, les musiciens électroniques Christophe Bailleau ou Gauthier Keyaerts, ainsi que plusieurs poètes (dont Ira Cohen, Gerard Malanga, Werner Moron, Eric Therer, Catrine Godin), Philippe Franck a produit de nombreuses publications, collectives, musicales ou éditoriales, sur la création interdisciplinaire, numérique et sonore.
Aussi, à l’occasion de sa venue, le 3 février 2016 à l’École nationale supérieure d’art de Bourges, Philippe Franck répondit à la question de l’Atelier sonore d’esthétique :  « Pourquoi le son ? ».

                                                                                    *

« Pourquoi le son ? », ou, plus exactement, « Avant le son ? ». C’est à dire que se produit-il pour qu’advienne dans ton histoire, intime, artistique et intellectuelle, le son tel un vecteur esthétique ? Certes, ton cadre familiale était déjà mélomane, mais, tout de même, que se produit-il et quelle fut ton histoire pour, précisément, que le son advienne en tant qu’art ? Soit dit en passant, il faudra bien définir, lors de cette rencontre et de ce vingt-troisième Atelier, les arts sonores, et, en réalité ce sera sans doute, l’objet de notre conversation, de ce documentaire et de l’histoire qu’il relatera : l’expérience et la pratique des arts sonores, aujourd’hui, au XXIe siècle, trouvent-elles l’une de leurs sources dans la musique post-rock, notamment de la fin de la décennie 1970 et du début des années 80, et pourquoi et en quoi, dans ces années-là, cette musique post-wave fécondera-t-elle une certaine histoire du son ?

                                                                                    *

Les années 80 finirent assez vite et plutôt mal. L’année 1983 en sonnait le glas avec Let’s Dance, un album de David Bowie qui allait, hélas, ouvrir à ses visions prospectives un tunnel d’infécondité musicale de presque dix ans, ou avec Power, Corruption and Lies de New Order, un manifeste post-wave en forme de testament floral. Que restait-il, dès lors, à écouter de visionnaire aux jeunes gens modernes, cette génération  autoproclamée par le magazine Actuel avec le groupe Marquis de Sade en couverture du journal en 1980 ? Il fallait bien se réinventer un monde sonore… Les musiques définitivement inclassables, de traverse, expérimentales, innovatrices, improvisées tel le merveilleux album de John Zorn Spillane, en 1987, exploreront un nouveau monde, entre free-jazz, musique contemporaine et musique concrète, post-rock ou musique du monde… Bref, une avant-garde activait enfin, à nouveau, les possibles sonores de l’utopie. Même si, pourtant, le temps avait passé… Il était devenu une nouvelle histoire.

                                                                                    *

Scène ouverte résolument inventive à New York, les musiques expérimentales trouvent, aussi, une plate-forme possible à Berlin avec le magasin de disque et la galerie d’Ursula Bock « Gelbe Musik ». Créé en 1981, c’est à la veille de la Chute du Mur que je découvre cet espace, incroyablement stimulant, où les œuvres d’Érik Satie côtoie celles de Karlheinz Stockhausen, Meredith Monk, Laurie Anderson, des Residents, de Diamanda Galas, mais aussi, de William Burroughs, John Cage, La Monte Young ou Nam June Paik. Une histoire des sonorités qui dépasse, alors, tous les codes leur préexistant, et surtout, une histoire des sonorités qui accueille les arts plastiques, le cinéma, l’image, réinventant, enfin, une esthétique transversale en Europe, après le Chute du Mur de Berlin et à l’orée des années 1990.


Aujourd’hui, nous essayons de comprendre comment nous en sommes arrivé là, car, à ce moment de notre histoire entre New York et Berlin qui est celle des arts sonores, et, précisément, au moment où ce documentaire s’achèvera, en réalité, en parallèle et dans notre parcours, entre monde sonore et arts plastiques, tout allait commencer dans ce portrait d’une génération.
                                                                                       


                                                                                                                                             A.C.


Site de diffusion :
https://ateliersonoredesthetique.ensa-bourges.fr/station23/

Écoute publique :
Dès l’automne 2019, puis en 2020, des écoutes publiques de ce documentaire seront proposées, à l’École nationale supérieure d’art de Bourges et en Belgique : les dates et les lieux en seront ultérieurement précisés sur ce site.


 


© alexandre castant | 2011