La Première Image Cinéma, vidéo, films
Préfaces & Catalogues | 2019

« La Première image, sa traversée » in En court : Variations sur La Première Image, Cnap/a.p.r.e.s. Éditions, Paris, 2019.

 


Communiqué de presse

La commande du Cnap et du Grec intitulée La Première Image, invite dix artistes et cinéastes à donner à voir leur « première image ». Un coffret livre-DVD, En court : variations sur la première image, bilingue, édité par a.p.r.e.s éditions et le Cnap, vient de sortir.
Il réunit les films de Mali Arun, Ismaïl Bahri, Hicham Berrada, Antoine Danis, Maïder Fortuné, Ana Maria Gomes, Daphné Hérétakis, Joachim Olender, Clément Postec, Dania Reymond ainsi que des contributions inédites de Jean Breschand, Alexandre Castant et Agnès de Cayeux.
Située au croisement des arts plastiques et du cinéma, ces collections s’inscrivent dans le travail d’accompagnement et de production de premiers films courts que le Grec mène depuis ses débuts ainsi que dans la mission du Cnap de soutien à la création contemporaine. Elles ont bénéficié du soutien du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

Le coffret Livre-DVD :
En court : variations sur la première image


Soit une invitation à se retourner vers le temps d’une origine, vers un premier regard, vers une première image.
Soient dix artistes et cinéastes, dix films courts, dix traversées.
Soient un paradis, la tempête, un tableau, des poèmes, des fleurs, la mort, le cinéma, des enfants, des visions, de la musique, Athènes, une quête, deux quêtes, un cercle.
Soit une branche de lilas blanc.
Soit des contributions textuelles inédites de Mali Arun, Ismaïl Bahri, Hicham Berrada, Jean Breschand, Alexandre Castant, Agnès de Cayeux, Antoine Danis, Maïder Fortuné, Ana Maria Gomes, Daphné Hérétakis, Joachim Olender, Clément Postec, Dania Reymond, qui sont autant de variations sur « la première image ».


Extrait de la préface d’A.C. [introduction]

La première image, sa traversée

Mais de quelle « première image » s’agit-il ? Elle est d’abord à entendre, littéralement, comme une « première vision » : image liminaire qui demeure marquante, gravée dans la mémoire. Si la « première image », fragmentaire, image en morceaux ou morceau d’image, apparaît alors inoubliable, ineffaçable, intimement liée au souvenir (anamnèse), elle se construit ensuite en liaison avec d’autres images, qu’elle inaugure, qu’elle précède et qui s’enchaîneront à elle (transformation des images propre à l’imagination pour Gaston Bachelard dans L’Air et les songes*). Sous cet angle, la photographie, elle aussi mémoire, fragments, image indélébile et plate-forme pour un envol imaginaire, l’image photographique et son fascinant, vertigineux, précipité temporel proposera, par la bande, l’une des logiques esthétiques communes à de nombreux film de La Première Image. Car la photographie, moment de réel dont la vision reste à figer, possible dimension utopique, poétique de l’imaginaire ou de la mort, parabole philosophique des techniques, produit une pratique, critique, de la notion de « première image » : sa polysémie.

Inscrire La Première Image dans l’histoire de l’art contemporain, et, notamment, de l’exposition « Passages de l’image », qui, au Centre Pompidou en 1990, explorait les relations entre la photographie, le cinéma et la vidéo, en partant du principe, pour cela, que ces échanges esthétiques construisaient de nouvelles procédures artistiques et de nouveaux langages plastiques, invite à penser que, avec le temps, et pour dire les choses un peu rapidement, une partie de cette création transesthétique du cinéma s’est déplacée, des années 1990 aux années 2000 puis 2010, du geste du cinéaste artiste (Jean-Luc Godard, Chris Marker, Agnès Varda ou Chantal Akerman) à celui de l’artiste cinéaste (Pierre Huyghe, Philippe Parreno et Douglas Gordon, Apichatpong Weerasethakul ou Dominique Gonzalez-Foerster). Ce nouveau parcours de l’art a également reformulé le récit et l’espace, le temps de l’image et sa plasticité, la perception comme les modalités de projection et d’exposition, et, enfin, l’économie même des films, au fil de projets qui, par ailleurs, ont souvent pris naissance dans une formation en écoles d’art, où l’idée de création visuelle est mise en abyme**. C’est dans cette logique qu’il faut, aussi, déplier la notion de « première image » : un inconscient cinématographique, secret et exploratoire, la traverse comme il traverse les films de La Première Image. S’y décline une expérimentation, plasticienne, des supports et des médias, parfois liée à une préoccupation symbolique, mythique, historique ou sociale de la « première image ». Ainsi, les notions d’immatérialité et de vision, de voix, de textes et de sons, d’espaces (représentés, perçus) ou de corps percevant, les notions de paysage ou des quatre éléments (figuration des arbres, de l’eau, des flammes ou du ciel), celles de fiction ou de politique traversent en filigrane ou inversement structurent cette expression. Or, à plusieurs reprises, les films de La Première Image sont irrigués par une exploration des images mentales, par leur texture granulaire et par leur matérialité tels autant de phénomènes, visibles ou invisibles, expérimentés à l’écran : et la recherche formelle de ces œuvres se nourrit, empiriquement ou intuitivement, des couleurs et des reliefs de la galaxie du perceptif (images abstraites entre veille et sommeil ; formes intenses chromatiques, oniriques, des images hypniques ; motifs, en constante mutation, des hallucinations…). Variété sémantique de la conception et des notions, donc, donnée par chaque artiste à l’expression de « première image », qui porte en elle, résolument, l’idée d’une ouverture énoncée, au pied de la lettre, par sa polysémie : la traversée du mot « image », son esthétique.

[…]

                                                                                                                     A. C.

*. Gaston Bachelard, L’Air et les songes. Essai sur l’imagination du mouvement (1943, Paris, Librairie José Corti), Paris, Le Livre de Poche, « Biblio essais », 1992, p. 5.
**. Cf. L’article de Catherine Bizern, « Du cinéma et de l’art contemporain, description d’une dynamique », et le dossier qui l’accompagne in L’Art même, Bruxelles, 75, mars-juin 2018, p. 3-29.

http://www.cnap.fr/%C2%AB-en-court-variations-sur-la-premiere-image-%C2%BB


http://www.apres-production.com/nouveaute.htm#grec


 


© alexandre castant | 2011