Noire et blanche de Man Ray
Essais | 2003

Noire et blanche de Man Ray, éditions Scala, coll. « Œuvre choisie », Paris, 2003, 32p. (épuisé)


 « Je ne pouvais m’empêcher de penser que, la photographie ayant libéré le peintre moderne de la corvée de la représentation fidèle, celle-ci finirait par relever exclusivement de la photographie qui, elle, deviendrait à son tour un art à part entière. »


Man Ray, Autoportrait, 1963


Un visage couché, un masque vertical ; l’un est blanc, l’autre noir.


Est-ce la rencontre des cultures ? De quelle héroïne glamour s’agit-il ? Jeu entre l’ombre et la lumière, Noire et blanche, 1926, est d’abord un portrait, celui de Kiki de Montparnasse, modèle et muse d’un photographe de renom : Man Ray.
Produite dans la bohème artistique de l’entre-deux-guerres à Paris, Noire et blanche, œuvre féconde et stylée à laquelle l’artiste accordera toujours le plus grand intérêt, témoigne également d’une période inventive et séductrice, marquée par l’apparition d’importants mouvements artistiques.


Cet ouvrage en est l’étude monographique.


 


L’artiste des avant-gardes [extraits]


En 1926, date de la création de Noire et blanche, Man Ray vit à Paris depuis cinq ans. Arrivé en France en 1921, à l’âge de trente et un an, l’artiste américain a laissé, derrière lui, une vie new-yorkaise notamment marquée par une fréquentation de la création artistique la plus expérimentale. Or la vie parisienne qui l’attend relève du même registre… De New-York à Paris, Alfred Stieglitz, Marcel Duchamp, Tristan Tzara ou André Breton, ces artistes qui ont réinventé l’art au vingtième siècle, auront constamment éclairé les rencontres que fait Man Ray de l’aura des avant-gardes. Ces mouvements artistiques en rupture radicale avec les idées qui les précèdent, et dont la période de l’entre-deux-guerres fut si riche.


À New–York, il fréquente la galerie mythique 291. Créée en 1905 par Alfred Stieglitz, cette galerie, d’abord nommé Photo-Sécession, puis 291 à partir de 1908 car elle se situe à ce numéro de la Cinquième avenue, demeure le carrefour de l’avant-garde new-yorkaise. Stieglitz, intellectuel visionnaire, y défend le statut artistique de la photographie, l’intérêt qu’a cette pratique pour des recherches en peinture et en sculpture. Il expose également, faisant découvrir leur œuvre au public américain, Rodin, Matisse, Braque ou Picasso, Brancusi… Depuis 1911, Man Ray fréquente cette galerie, elle contribuera à la formation de son goût, à sa découverte de la photographie.


Man Ray relate que, lors de sa première entrevue avec Marcel Duchamp, ils jouèrent ensemble au tennis en improvisant un court, sans filet donc… À New-York où Duchamp, réformé, vient de s’installer, ils se rencontreront souvent, dans l’atelier de l’artiste que la présentation de l’œuvre Nu descendant l’escalier, en 1913 lors de l’exposition Armory Show avait rendu célèbre, ou dans un club d’échecs dont ils sont amateurs et brillants joueurs. Quoique de motivations différentes, leurs projets artistiques dialoguent ensemble. En effet, Marcel Duchamp s’affranchit progressivement de la peinture pour créer des systèmes visuels inédits, quand Man Ray, peintre et photographe, cherche une voie personnelle, nécessairement ambiguë entre une peinture qu’il fera toujours et la photographie qui le rendra célèbre. La richesse et l’originalité de sa démarche se nourriront, précisément, de cette complexité.


Marcel Duchamp correspond avec Tristan Tzara, poète et fondateur à Zurich de Dada. Ce mouvement artistique, dont le nom a été choisi sur la base qu’il ne signifiait rien, proclame la nécessaire destruction de l’art et ses travaux serviront de point de départ au Surréalisme. C’est dans ce contexte que Duchamp décide de rentrer à Paris ; il invite Man Ray à l’y rejoindre.


Le photographe débarquera au Havre le 14 juillet 1921. À Paris, Duchamp lui a réservé la chambre d’hôtel que Tzara venait de quitter… Les rencontres se succèderont et le feront participer aux avant-gardes dadaïstes, puis surréalistes. Elles accompagneront également l’histoire de sa propre création. Le lendemain de sa découverte des rayographies, Tristan Tzara, qui lui propose de déjeuner avec lui, les remarque et s’enthousiasme pour ces travaux qu’il trouve dadaïstes. Plus tard, Tzara écrira la préface à un ouvrage de rayographies de Man Ray intitulé Les Champs délicieux. Et, lors d’une soirée dada de 1923 intitulée Le Cœur à barbe, Tzara présentera également le premier film du photographe qui est composé d’une constellation de rayographies, et intitulé Retour à la raison. Ce film, qui casse en cours de projection, ne sera pas vu en entier, et la soirée, qui se termine en pugilat, entérinera la séparation de Tzara et de Breton. En même temps, cela donne une nouvelle légende à Man Ray, celle d’un cinéaste. Voie qu’il ne suivra que très partiellement… Dans la continuité de ces rencontres, Man Ray fréquente le mouvement surréaliste et compose en 1934 L’Échiquier surréaliste, ensemble de portraits du groupe. Membre original du mouvement, Man Ray sera l’archiviste rigoureux et fidèle des travaux surréalistes que ses photographies enregistrent. Quant à André Breton, fondateur du Surréalisme, Man Ray en sera l’ami sans renoncer, pour autant, à une indépendance intellectuelle et à une démarche artistique que Breton, autoritaire, surveillait d’ordinaire.


 


Table des matières


 


À la découverte de l’œuvre
Du portrait. — L’atelier de l’artiste.
Le photographe et son modèle. — Ingres, peintre modèle.
Les techniques de Man Ray. — Le numérique, innovation d’aujourd’hui.
La rencontre des cultures.
Le rêve et les mondes surréalistes. — L’art de l’objet.


L’Œuvre et son contexte
L’artiste des avant-gardes. — Photographe surréaliste.
Créateur d’images. — Peintre, photographe, cinéaste.
Luxe, mode et volupté.


Pistes et documents.
Biographie. — Où voir ? — Bibliographie. — Site internet. — Glossaire. — Pistes visuelles. — Pistes d’expériences.


 


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Sites de Consultation :
Bibliothèque Publique d'Information, Centre Pompidou, Paris,
Bibliothèque de la Maison Européenne de la Photographie, Paris,
Bibliothèque de l’École nationale supérieure d’art de Bourges.


 


 


© alexandre castant | 2011