Archéologies du doute
Sites internet | 1998

Archéologies du doute - photographies contemporaines, site internet, d'Autres Mondes Productions & Université de Paris VIII, Paris & Saint-Denis, 1998.


Archéologies du doute est une exposition virtuelle de photographies, organisée en collaboration avec Iwona Tokarska-Castant - au sein de l'association d'Autres Mondes Productions -, et présentée à partir du 7 avril 1998 et pour un an sur le site internet que constituait la revue Chantier de l’Université Paris VIII, Saint-Denis.


Œuvres de Jean-Christian Bourcart, Marc Donnadieu, Grore Images, Jean-Claude Mouton, Philippe Peyredieu du Charlat, Hervé Vachez, Aymeric Vergnon-d’Alançon.


Archéologies du doute [introduction]


« Les yeux conservent la trace de ce qu’ils ont su voir » disait-on de l’œuvre d’André Breton*. À l’avenir, l’on ne devait voir que depuis l’image : elle préexistera à toute vision. L’exposition virtuelle Archéologies du doute présente des traces d’images : des reflets de citations, des mondes en creux, déjà visuels. Et interroge la notion de passages, ici, sur le réseau des réseaux, où les images se superposent, dans un palimpseste des lieux : le territoire global.


En proposant les travaux de sept artistes français, Archéologies du doute s’ouvre sur Berlin, ce qui fut son No man’s land. Ce territoire, sa frontière est un lieu de prédilection… Condamné à la désolation pour des raisons historiques, tel No man’s land délivre une tristesse universelle : l’interdit politique, une grille de lecture et d’action dans laquelle nous entrons à rebours. Les images, lumineuses, de Jean Claude Mouton en ravivent l’obscurité.


Et Marc Donnadieu, dans les passages de Bruxelles — autre Europe, même Europe — a traqué des lieux solitaires : les mosaïques deviennent le pixel de l’image et disséminent sa surface. Or, depuis 1988, Marc Donnadieu explore « l’intériorité » de l’espace architectural. Bruxelles, capitale européenne, ville de passage. Monde immatériel ? Angles, volumes, matières se dissolvent dans l’image devenue, étrangement, numérique. Le photographe visite ce lieu, et, ainsi, recréé sa présence qui paraît accidentelle, contribue à son silence.


Même division chez Hervé Vachez ; le grain de la photographie disparaît dans l’image qu’il compose. Des images de vols d’oiseaux y ont été réalisées sur des sites industriels, en Italie. Où la modification du réel provient de l’éclatement du grain, et, par là même, de la décomposition du sujet. Agrandissement, disparition. Le grain de la photographie annule toute délimitation : les différents éléments se distinguant selon une densité par défaut.


Quant aux images anonymes de l’agence Grore, trouvées aléatoirement dans des lieux publics, quelqu’un, un jour, a bien dû les perdre. Mais qui ? Livrées sans histoire, vides, seule une référence marque ces images maintenant publiques… Fondée en 1992 par Philippe Mairesse, Grore Images gère un stock de photographies anonymes, trouvées. Souvenirs publics, ces photographies sont ainsi archivées, sans intervention. Sauf celle du regard du spectateur qui, se posant sur ces fragments de vie, redéfinit leur histoire. Dorénavant, toute numérotation, tout transcodage témoignera seul de la possibilité d’intituler l’image.


Valeur sociale ? Documentaire ? Dissimulant sa caméra, Jean-Christian Bourcart filme un Éros Center à Francfort : ses passes, son intimité clandestine… Ces images ont donc été réalisées à l’aide d’une caméra « cachée», puis re-photographiées ; autant d’effractions dans un monde intime et public à la fois, parallèle. Dans ce constat d’un ailleurs au sein d’une grande cité, dans ses lieux de passage, dans un autre temps, des femmes — des icônes auxquelles l’un des titres de la série renvoie : Madones infertiles — jouent de combinatoires avec les signes du désir.


Exhibition d’« images-cibles » que Philippe Peyredieu du Charlat sépare du flux télévisuel continu et planétaire en photographiant, systématiquement, les programmes télévisuels, l’écran : l’image se sépare du canal où elle circule. Quel est son sens ? À quelle narration nous renvoie-t-elle ? De quel imaginaire, commun à tous, procède-t-elle ? Désaveu de l’espace et du temps, ces images sont un éloge de ce qu’il nous reste de l’absence.


Aymeric Vergnon-d’Alançon, enfin, construit des grilles de lectures, des énigmes topographiques. Les lieux s’éloignent, disparaissent, adviennent. Il n’existe pas de visions exactes : quadriller les lieux implique de repérer cette subjectivité en mouvement, telles fictions du regard… Vergnon traduit ici les événements anodins en un plan topographique commenté : le monde y décline ses multiples fragments, des lieux insaisissables.


Qu’est-ce que la réalité lorsqu’elle n’est pas vue, ni représentée ? Faire écran.


Alexandre Castant & Iwona Tokarska-Castant


*Jean Roudaut, « Un geste, un regard » in NRF, André Breton et le mouvement Surréaliste, n° 172, avril 1967, p. 255.


Assistante de la réalisation de l’exposition : Sophie Dubosc - d'Autres Mondes Productions.


Réalisation du site : Hervé Vachez.


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Site de Consultation :
Bibliothèque de l’École nationale supérieure d’art de Bourges.


 


© alexandre castant | 2011