Artistes à suivre
Catalogues & Livres d'artistes | 1990

« La pêche & L’allumette (1989) de Patrick Peltier » in Eighty, catalogue de l’exposition Jeunes créateurs à suivre, 33, 1990.

Composition ludique, symétrique. Assemblage de pièces n’existant qu’assemblées. Identité d’ensemble. Dans ces installations, rien n’est caché. Tout y devient visible. Les jonctions sont montrées : dévoilement de l’envers du décor. La pièce découvre ce qui la structure et construit une forme avec. De l’ironie pour définition. Et rappel à l’ordre : «Ça n’existe pas.» Les volumes ici situés convoquent la transparence. Le vide forcément. Dénuement des lignes verticales, horizontales ; quelque chose d’invisible dans leur surface.
Sans envers ni endroit, au centre de telles structures : un dessin sur carré de plexiglas ; Patrick Peltier travaille, par effacement, ce matériau qu’une ampoule, derrière lui, éclaire. En situation. Identification d’une trace dans une forme, d’une forme dans une autre. Exploration des contours et de la différenciation des plans.
L’exposition du montage appartient au graphisme de la pièce : la composition générale se nourrit de sa propre écriture. Loin de la déconstruction, c’est un travail sur l’exactitude qui participe, pourtant, d’un détournement. Celui des matériaux ; des éléments métalliques, électriques, y sont transgressés dans une symétrie. Détournement de la lumière, qui, quoique apparaissant graphiquement, n’est jamais utilisée seule. La mise en scène de la lumière a pour fonction «d’être mise en scène» : les ampoules éclairent des plaques de plexiglas qui ne sont que leur légitimation, leur miroir. Conséquence de ces parasitages multiples : clarification impossible. Parti pris du non-genre.
De cet assemblage et opposition d’éléments, résulte une combinatoire du vrai et du non-vrai. L’œuvre intitulée L’allumette (1989) présente une allumette calcinée, éclairée par la lumière-même qu’elle ne peut plus donner. Dans La pêche (1989) les poissons, prisonniers d’une armature, sont les seuls éléments à sortir de ce volume… Il y a une légèreté dans cette orfèvrerie du paradoxe, une dérision dans ces pièces petites devenues indispensables. Autour de dessins sauvagement naïfs. Déstabilisation. Jeu avec les inverses. Présence d’inexistence : ce n’est qu’une chose à côté d’une autre, légèrement non-posée. Ceci est ce que ce n’est pas, peut-être.



A. C.


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© alexandre castant | 2011